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Foi et Développement N°269 - 12/1998 - Les SEL mexicains

décembre 1998, par Serge33

par Luis Lopezllera, édité par le centre L.J.Lebret à Paris

L’association « Promocion del Desarello Popular - PDP » (promotion du développement populaire) a été créée au Mexique il y a 30 ans pour renforcer les initiatives locales luttant pour conserver leur place au soleil. Depuis le début des années 80 le PDP a essentiellement travaillé avec les micro-entreprises et coopératives d’épargne et de crédit, décimées par l’ouverture du marché national aux produits étrangers, avec l’aggravation que l’on connait après la signature du traité qui lie économiquement les pays d’Amérique du nord et qui préfigure ce que serait l’AMI pour le monde entier. La globalisation du marché international a pour effet particulièrement destructeur dans les pays comme le Mexique d’y exploiter une main d’oeuvre qui n’a plus le choix, d’y provoquer des monocultures d’exportation, qui n’ont jamais profité aux paysans eux-mêmes.

Dans le but de redynamiser l’économie du pays, La altra Bolsa de valores (autre bourse des valeurs) a été lancée par la PDP pour favoriser l’échange des connaissances, le développement local, la participation communautaire. Elle utilise au maximum les différents média (imprimés, vidéo, e mail) pour faire connaitre ce mouvement organisé en réseau et créer des synergies entre des centaines d’organisations et d’ONG de manière à entreprendre des actions communes basées sur le travail volontaire.

Il s’agit en même temps d’opérer une révolution dans les esprits en remettant « l’argent » à sa juste place, c’est-à-dire celle d’un moyen commmode pour faciliter les échanges et non un but en soi, ne prenant pas en compte les valeurs culturelles, spirituelles, altruistes et communautaires, favorisant au contraire les mega-projets qui déplacent des communautés, les font éclater, les plongent dans la misère. Pour lutter contre la société de profits et une globalisation qui échappe de plus en plus aux gouvernements pour n’être plus soumise qu’ aux grandes multinationales, il faut donc permettre à tous les laissés pour compte de s’organiser pour vivre dignement. Dans ce but, un peu partout dans le monde ont été créees des monnaies nouvelles et des systèmes empêchant leur thésaurisation.

La otra Bolsa de valores a donc crée en 1996 un marché, nommé du mot aztèque "tianguis", entre petits producteurs et prestataires de services urbains ou ruraux. Les membres s’inscrivent librement et indiquent leurs offres et demandes qui seront échangées en utilisant le "tlaloc" qui équivaut à une heure de travail, l’heure valant l’équivalent de 25 pesos mexicains ou 3 dollars. On admet cependant que cette valeur peut varier de 1 à 4 en fonction du service, l’exemple donné étant celui du dentiste qui engage de fortes dépenses pour assurer ce service. Le tlaloc ne produit pas d’intérêt et ne peut être thésaurisé. Pour les produits (évalués en tenant compte des prix en pesos), on peut en payer une partie en pesos, 10% (et on encourage vivement à ce que ce soit bien plus) devant obligatoirement être payés en tlalocs.

Chaque bon est prévu pour servir à 10 transactions. Quand il est plein, on l’échange contre un neuf. Après deux ans de pratique, le tianguis regroupe environ 150 membres (individus, familles, petites entreprises, coopératives), édite un bulletin d’offres et demandes avec adresses des participants et annonces de rencontres et de fêtes, par thème ou base géographique. Car la grande différence avec les SEL français est qu’il s’est d’abord agi d’un groupe unique et centralisé mais dont l’objectif est de donner maintenant naissance à des groupes régionaux autonomes ou des groupes d’intérêt (écologistes, médecins, ethnies etc...). On cherche à rapprocher villes et campagnes, sur le plan idéologique et économique, et supprimer au maximum les intermédiaires, les coûts de transport, de stockage et de distribution.

Il est à noter que le tianguis a suscité de l’intérêt et une demande d’aide et de conseil dans différents états comme la Californie, le Brésil, la Thaïlande, bien que son créateur, directeur du PDP mexicain et de l’autre Bourse des valeurs, Luis Lopezllera, considère que le système est encore en phase expérimentale. Il déclare tenter de travailler avec les services gouvernementaux en charge du développement des régions pauvres du Mexique et d’attirer des entrepreneurs socialement responsables, pour lancer avec eux des expériences communes.

L’objectif immédiat est d’atteindre le millier d’adhérents, de suivre les expériences similaires à l’étranger, notamment celles de monnaies alternatives et créer un courant d’opinion permettant aux entreprises privées souffrant de la globalisation de recouvrer leur responsabilité à l’égard de la société locale, de l’environnement, avec l’aide du gouvernement et des autorités.