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La Croix - 26/06/2011 - Le retour du troc pour créer du lien

dimanche 26 juin 2011, par Serge33

- Le système des accorderies, importé du Québec, arrive en France à l’automne.

- Ces structures permettent à la fois d’échanger des services et de lutter contre l’exclusion sociale.

- La Fondation Macif, qui porte et finance le projet, escompte bien qu’il se développe rapidement.

Une heure de plomberie contre une heure d’initiation à la philosophie. Les accorderies, une initiative québécoise proche des systèmes d’échange locaux (SEL), prennent pied en France à l’automne. Leur fonctionnement est simple : un « accordeur » troque une heure de service rendu contre une heure de service reçu. Quel qu’il soit. La première structure du genre ouvrira dans le 19e arrondissement de Paris, l’un des moins favorisés de la capitale, la deuxième à Chambéry, en Savoie.

L’ambition de ce système ? Lutter contre l’exclusion. « Ce n’est pas de la charité, c’est de la solidarité », résume Pascale Caron, présidente de la première accorderie. Cette Française a traversé l’Atlantique il y a dix-sept ans pour aller s’installer au Québec. Elle est rentrée en France il y a quelques mois avec le projet dans ses cartons. Désormais, elle supervise en tant que consultante l’installation de ces structures. « Certaines personnes très seules demandent simplement qu’on les accompagne en promenade pendant une heure », explique-t-elle.

Peinture, dépannage informatique, covoiturage : tous les services ont la même valeur, peu importe le niveau du diplôme ou le statut social. Chacun peut donc mettre son savoir-faire au service des autres. « Je me souviens d’avoir rencontré, à Québec, une vieille dame qui était persuadée qu’elle ne savait rien faire. En réalité, elle avait appris à coudre quand elle était jeune fille. Elle a donc pu rendre et recevoir des services. Cela a complètement ouvert sa vie », raconte Alain Philippe, le président de la Fondation Macif, qui soutient le lancement des premières accorderies françaises.

Des richesses non monétaires

Une fois que l’accordeur a rendu un service d’une heure, il reçoit un « chèque temps », la monnaie d’échange au sein des accorderies. Il peut alors troquer le bon obtenu contre une heure de service auprès d’un autre accordeur. Ni bénévolat ni recherche de profit, les accorderies « donnent accès à des richesses qui ne sont pas monétaires », explique Alain Philippe, qui se veut « le gardien de l’orthodoxie du projet en France ».

Titulaire de la propriété intellectuelle des accorderies en France, sa fondation s’engage à financer pour moitié les deux premières accorderies-tests. Car, en dépit de leurs valeurs de partage, elles ont un coût : 75 000 € par an pour la structure de la ville de Québec - location de locaux, paiement de l’animateur, frais de fonctionnement.

« Mais le budget n’a pas bougé depuis 2002, alors que le nombre d’accordeurs est passé d’une centaine à la fin de la première année à près de 1 000 aujourd’hui », explique Pascale Caron. Fortes de leurs effectifs, les accorderies permettent de tisser des liens entre voisins. Voire au-delà. « Elles recréent de la vie à l’intérieur d’un quartier, mais aussi entre plusieurs quartiers », selon Pascale Caron.

Un lieu d’échange entre des populations différentes

En Savoie, le local de l’accorderie sera installé à la frontière d’un quartier en difficulté, Chambéry-le-Haut, et du centre-ville. Le but est de « générer de la mixité sociale et de mettre en liens des personnes qui ont des compétences différentes », explique Olivier Pasteur, chargé de mission au conseil régional de Rhône-Alpes. Contre une logique de ghetto, les accorderies servent de lieu d’échange entre des populations différentes. Au Québec, le quart des accordeurs ne sont pas défavorisés. Les relations nouées sont d’autant plus profondes que sur les échanges de services se greffent d’autres projets, comme des groupements d’achat ou du microcrédit.

La version française va tenter de rééditer le succès canadien. L’accorderie chambérienne est soutenue en partie par le conseil régional, qui y voit un « outil de développement », et par le Secours catholique. Plusieurs grandes villes, comme Montpellier, ont déjà fait part de leur intérêt. À Paris, de nouvelles accorderies sont à l’étude. « Cela commence bien », se réjouit Pascale Caron. Gary Lavoie, le président du réseau des accorderies du Québec, voit déjà plus loin : « J’espère que cette initiative va se développer au-delà de la France, par exemple en Afrique. »

Source SIMON CARRAUD