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Métro - 14/10/2003 - Paris ne manque pas de SEL

mardi 14 octobre 2003, par Serge33

par Olivier Marin

Lancés en 1994 en France, les Systèmes d’échange locaux, ces réseaux de services sans circulation d’argent, sont aussi bien vivants à Paris. La preuve par sept.

SEL mode d’emploi Un SEL est un Système d’échange local. C’est un groupe de personnes qui pratiquent l’échange de biens, de services et de savoirs. Exemples : Sabine garde des animaux contre des leçons de piano, Pascal donne des cours d’anglais en échange de cours de cuisine, Marina offre ses talents de couturière contre de petits services de bricolage...

Ces échanges reposent sur une monnaie d’échange virtuelle qui n’a de valeur qu’au sein du SEL. Chaque SEL définit lui-même le nom de sa monnaie, ses critères d’évaluation et son fonctionnement. L’important est la réciprocité. Ainsi, à Paris, on peut échanger en "panames", en "pigalles", en "piafs", tandis qu’à Bordeaux on échange en "bouchons" et à Lyon en"pistaches". Le premier SEL français a été créé en 1994 en Ariège (on fêtera en août 2004 les dix ans des SEL à Libourne). En France, il en existe actuellement plus de 300. Les précurseurs récents de nos SEL ont été développés au Canada, puis dans les pays anglo-saxons.

L’échange se pratique de gré à gré sans argent, entre des partenaires. Ce type d’échange diffère du troc car tout échange donne lieu à un crédit ou à un débit d’unités sur le compte de l’adhérent. L’association tient à jour les comptes de chacun. Après un échange, les deux adhérents remplissent un bon (appelé "souvenir d’échange" ou "carnet d’échange"). Ce bon est souvent constitué de trois talons : un pour chacun des deux adhérents et un pour le responsable du SEL. Juridiquement, la plupart des échanges SEL rentrent dans le cadre de l’entraide de voisinage, qui est tout à fait légale, et les SEL sont constitués en association, loi 1901. Quant aux motivations des SEListes, elles sont assez variées. Qu’il s’agisse de répondre à un besoin matériel, utilitaire, de rendre service ou de tisser un réseau de solidarité dans un quartier, chaque expérience a son originalité, son identité. Il n’existe pas de théorie globale des SEL. Une seule idée : se réapproprier la valeur humaine des échanges contre la valeur marchande. Tous les adhérents sont par la force des choses un peu responsables du SEL. C’est donc de l’implication de chacun que dépend son bon fonctionnement.

Un SEL rue de Lourmel

Fortement ancré dans la vie locale du XVe arrondissement, le SEL de Paname délivre une bonne humeur communicative depuis plus de six ans. L’association regroupe aujourd’hui près de 200 adhérents. Ici, pas de profil type, le réseau est constitué en majorité de femmes mais toutes les générations et classes sociales sont représentées. Le contexte initial est immuable. On y vient pour pratiquer des échanges de savoirs, de biens et de services dans la monnaie locale : le paname.

L’offre et la demande à sont éclectiques : formation Internet, soutien scolaire, petits travaux de réparation, jardinage, couture, conseils juridiques, cours de langue (anglais, espagnol), cuisine, chorale, piano, randonnées... sans oublier les nombreuses sorties culturelles, très prisées. Car on y vient aussi pour se faire des amis. Et c’est l’une des raisons de son succès.

Ainsi, le 20 septembre dernier, lors des journées du patrimoine, le SEL organisait une fête médiévale avec ateliers, fresques, textes et gravures, musique du Moyen Age, repas en plein air, le tout en costume d’époque. Quant aux permanences mensuelles qui permettent de mettre en relation les nouveaux adhérents avec les anciens, elles sont plutôt chaleureuses. Claude Dupont, la présidente du Sel de Paname, se veut cependant pédagogue : "Notre rôle est d’expliquer clairement les choses. Il n’est pas toujours évident de faire des échanges, c’est pour ça que nous organisons des rencontres. Nous préférons nettement cela à des inscriptions par correspondance." Tous les adhérents sont prévenus des activités à travers le bulletin mensuel Paname infos et la vie du SEL pour ceux qui le désirent, n’en manque pas. Soirée potiron le 17 octobre, rando-Sel le 26 octobre, rallye pédestre dans l’arrondissement, participation au prochain carnaval de printemps.

Au delà des échanges, le SEL de Paname a réussi son pari : insuffler une vraie vie de quartier et pimenter les coeurs avec une sacrée dose de convivialité.

Le Sel de Paname

75, rue de Lourmel (XVe). Tél. : 01 47 51 55 13. http://seldepaname.free.fr. Permanence le 9 novembre : rendez-vous au Bon Coin, 85, rue Brancion (XVe) de 10 h 30 à 12 h 30 puis chaque premier dimanche du mois.

Vendredi 17 octobre : soirée potiron de 19 heures à 22 heures à la Maison communale, 69, rue Violet (XVe) métro Commerce.

Un SEL tout neuf

C’est le dernier-né des SEL de Paris. Moins d’un an d’existence et déjà beaucoup d’espoirs suscités. Initié par Régis Faguelin, qui connaît bien l’organisation des SEL, celui du Faubourg prend peu à peu ses marques et affiche son ambition de couvrir le nord de la capitale. Informatique, atelier modelage, lecture à voix haute pour non- voyants, garde de chats, baby-sitting, bricolage, cours de musique, balades en forêts... Afin de relayer la multiplicité des échanges, un site Internet a été créé et une réunion se tient dans un café du XVIIe, chaque samedi matin. C’est l’occasion de rencontrer des nouveaux, de leur expliquer le système de fonctionnement de l’offre et de la demande dans la monnaie locale : le pigalle.

Selon Régis : "Beaucoup de gens de bonne volonté n’ont rien à proposer et nous disent : je ne sais rien faire. En discutant avec eux, on s’aperçoit qu’ils savent bien parler français, écrire... voilà typiquement l’exemple de services qu’ils peuvent rendre à d’autres qui rencontrent des difficultés dans ces domaines. De toute façon, poursuit Régis, si le courant ne passe pas, l’échange n’a aucune obligation d’être. Ce n’est pas un commerce. En fait, l’échange n’est qu’un prétexte aux rencontres. Par ce biais, souligne t-il , on recréé du lien social." L ’idéal étant de constituer, à terme, un SEL par quartier.

En attendant, ce week-end, le SEL du Faubourg organise sa première BLE (bourse locale d’échange). Emmanuelle, l’une des adhérentes reçoit dans son atelier d’artiste. Comme un vide-greniers privé, c’est la possibilité d’amener toutes sortes d’objets que l’on souhaite échanger contre des pigalles ou contre d’autres objets découverts sur place. Chaque séliste apporte un plat et une boisson, à partager lors d’un buffet commun.

Le Sel du Faubourg

58, rue de Tocqueville (XVIIe). Tél. : 01 42 67 75 54 - http://www.sel-faubourg.org- Dimanche 19 octobre : première bourse locale d’échange. 13, rue des Récollets (XIe) de 10 heures à 18 heures, métro Gare de l’Est.

Textes : Olivier Marin / capcite.com

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